France-Algérie : Fausse guerre et fausse paix, qu’on célèbre aujourd’hui

Michel Sitbon - 20/03/2012
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50e anniversaire des accords d’Evian
dans les méandres glauques de la « guerre révolutionnaire »

Le cinquantième anniversaire des accords d’Evian laisse sans voix. Ci-dessous, un communiqué du MRAP évoque le nécessaire travail des historiens ayant à revenir sur ces “événements” d’Algérie. Il appelle aussi à la reconnaissance comme “crime d’Etat” du massacre du 17 octobre 1961 « et des jours qui ont suivi ».

« Si horrible, qu’on ne saurait qu’en dire. Car c’est nous, nous-mêmes, nos parents, nos frères, comme nos enfants qui auront été manipulés, jusqu’au cœur de nos âmes... »

En consultant les travaux d’historiens, comme ceux de Jean-Luc Einaudi, sur ce désormais fameux 17 octobre, on vérifie en effet que ce ne fut pas une date isolée. C’est de 1958 à 1962, pendant quatre longues années, que le préfet Maurice Papon organisa la persécution, la torture et le meurtre d’algériens, à Paris et alentour.

Quatre années pendant lesquelles des centres de tortures étaient installés dans Paris, à Vincennes – dans les locaux de l’actuel « centre de rétention » où l’on enferme les sans-papiers, aujourd’hui, dans des conditions abjectes ; dans le 13e, dans le 18e ; à Nanterre.

Quatre années, de 1958 à 1962, pendant lesquelles deux brigades spéciales de chasse aux algériens sévissaient dans Paris. Maurice Papon n’aura jamais été jugé pour ça. Tous les faits relevants de la guerre d’Algérie n’ont-ils pas été amnistiés ?

Une guerre qui avait commencé quatre ans plus tôt, en 1954. Une vague d’assassinats gratuits avait ouvert le bal, en cette « Toussaint rouge ». Huit années d’horreur. Tant de morts.

En 1830, les français étaient arrivés dans l’idée que “l’extermination est le procédé le plus élémentaire de la colonisation”, ainsi que pouvait le déclarer, placidement, un ministre de Louis-Philippe.

Après plus de 15 ans d’horrible conquête, les soldats massacreurs de la monarchie de juillet se retourneront contre les ouvriers de Paris, pendant les sanglantes journées de juin 1848.

Un siècle après, en Indochine, l’armée coloniale découvrait les charmes de la guerre révolutionnaire. Une guerre politico-militaire, où la manipulation des esprits compte plus que des divisions blindées. Aussitôt élaboré, aussitôt mise en œuvre, avec « succès », jusqu’en 1954. L’Indochine, c’est fini, et le colonel Lacheroy ouvre son école à Arzew, en Algérie.

Le terrorisme, élément majeur des stratégies de « guerre révolutionnaire », n’aura presque pas été utilisé en Indochine. (Sauf à un moment, et « c’était pas nous », mais « un américain bien tranquille », ainsi que le raconte Graham Greene, corroboré par le colonel Trinquier…) En Algérie, par contre, dès le départ le terrorisme est au centre du jeu. Le terrorisme aveugle, imbécile. Qui rend impopulaire celui qui le commet, mais n’est-ce pas le but de celui qui le manipule, que de rendre impopulaire cette cause qu’il combat en même temps qu’il la soutient ?

Il fallut attendre bien des années pour que Pierre Guillaumat, le papa de la bombe atomique et de tant de choses, directeur des carburants dès 1944, avoue, dans une interview tardivement publiée, qu’en tant que patron des pétroles français, il avait financé le FLN, tout-au-long de la guerre d’Algérie, pour garantir la sécurité des installations pétrolières – qui seront en effet indemnes de tout attentat en dépit des milliers de kilomètres de pipe-line. Pierre Guillaumat avait aussi rempli la fonction de ministre des armées du général de Gaulle, en 1958. On lui devrait en particulier le soutien au DOP – le dispositif opérationnel de protection –, sous le nom duquel s’était institutionnalisée la torture.

D’un côté, il torturait, de l’autre, il finançait les poseurs de bombes...

Fausse guerre et fausse paix, qu’on célèbre aujourd’hui.

Si horrible, qu’on ne saurait qu’en dire. Car c’est nous, nous-mêmes, nos parents, nos frères, comme nos enfants qui auront été manipulés, jusqu’au cœur de nos âmes...

(...)

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A lire également sur Paris s’éveille :

• Cinquante ans après la signature des Accords d’Evian : un long chemin reste à parcourir pour la réconciliation Franco-Algérienne

Illustration Madame Grinderche, Wikipedia, License : Domaine Public.

Michel Sitbon dirige les éditions de l’Esprit frappeur, Dagorno et les éditions du Lézard.

Il est le fondateur des journaux Maintenant, État d’urgence, Le Quotidien des Sans-Papiers et du site d’information Paris s’éveille.

Il est également l’auteur du livre « Rwanda. Un génocide sur la conscience » (1998).

Il est directeur de publication de « La Nuit rwandaise » et membre de l’association France Rwanda Génocide - Enquêtes, Justice, Réparation.

Michel Sitbon est également le porte parole du Collectif contre la Xénophobie et de Cannabis Sans Frontières - Mouvement pour les libertés.

 20/03/2012

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