France-Rwanda : levée du secret défense / #Rwanda20ans

Michel Sitbon - 27/01/2015

Communiqué « Rwanda 20 ans ça suffit ! »
« rien ne s’oppose à l’ouverture de telles archives »

En 1998, une Mission d’information parlementaire a enquêté « sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994 ».

Présidée par le député Paul Quilès, alors président de la commission de la défense nationale à l’Assemblée nationale, celle-ci aura bénéficié d’un accès relativement large aux archives de la période, mais se sera vu opposé le secret défense pour certaines de ses requêtes, alors même qu’une partie de ses travaux bénéficiait d’un huis clos.

Son volumineux rapport aura permis néanmoins d’établir nombre de dysfonctionnements ou d’anomalies qui appellent des investigations complémentaires.

Ce 27 janvier 2015, journée internationale pour la mémoire de tous les génocides, des organisations citoyennes se mobilisent et se rendront à 17 heures au ministère de la Défense et y déposeront une pétition pour que soit enfin levé le secret défense pour l’ensemble des pièces concernant l’action diplomatique et militaire entreprise par le gouvernement français entre 1990 et 1994 au Rwanda, afin d’établir toutes les responsabilités dans le génocide des Tutsi.

Il y a près d’un quart de siècle, la France est intervenue militairement au Rwanda afin, officiellement, de protéger ses ressortissants, mais les intérêts de la défense de l’Etat de ce petit pays d’Afrique auront entraîné l’armée française à y rester de 1990 à 1994, dans le cadre de diverses opérations militaires, l’opération Noroît, d’octobre 1990 à décembre 1993, puis Amaryllis, en avril 1994, et enfin Turquoise, en juin-juillet de la même année.

L’ensemble de ces opérations sous le commandement des opérations spéciales (COS) reste couvert par le secret défense.

Or, c’est dans ce contexte que se seront produits divers épisodes génocidaires, dès 1990, en 1992, et surtout entre avril et juillet 1994 où l’on retient qu’a été exterminé l’essentiel de la population Tutsi du pays, ainsi que les opposants Hutu à cette politique génocidaire, environ un million de personnes, femmes, enfants et vieillards compris.

Le Tribunal Pénal international institué pour juger des responsabilités dans ce premier génocide reconnu en tant que tel par l’ONU depuis sa création aura fait l’économie de l’examen de l’action des grandes puissances se concentrant sur les responsabilités des exécutants directs de ce crime imprescriptible.

Or, la responsabilité française a été soulevée depuis vingt ans par de nombreux travaux historiques qui tendent à démontrer une large participation diplomatique et militaire de notre Etat au génocide des Tutsi.

Ces accusations auront été reprises par le gouvernement rwandais, et, en avril 2014, à l’occasion des commémorations du vingtième anniversaire du génocide, on aura même vu le Président du Rwanda, Paul Kagame, dénoncer la participation directe de troupes françaises à cette extermination.

Ces accusations auront été vivement rejetées par le premier ministre français en exercice à l’époque, Edouard Balladur, ainsi que par son ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé. L’un et l’autre ont alors publiquement déclaré qu’ils souhaitaient l’ouverture totale des archives gouvernementales françaises, afin de se laver de telles accusations.

La levée du secret défense est explicitement demandée par les responsables de ces archives eux-mêmes, ceux sous l’autorité desquels auront été produits l’ensemble de ces documents administratifs, au moins pour la période 1993-1994 où ce génocide s’est mis en place et a été exécuté.

Ainsi, rien ne s’oppose à l’ouverture de telles archives, les autorités les plus directement concernées l’ayant elles-mêmes réclamée.

A l’occasion de la journée internationale pour la mémoire de tous les génocides, nous vous demandons de prendre la décision historique de permettre l’accès à l’ensemble des archives concernant la politique entreprise au Rwanda de 1990 à 1994, y compris toutes celles qui peuvent être couvertes par le secret défense ou le secret diplomatique.

Une telle levée intégrale du secret défense sur l’ensemble des pièces documentaires pouvant se rapporter au génocide des Tutsi devra s’accompagner de précautions garantissant un accès effectif aux citoyens et aux chercheurs qui enquêtent sur cette page sombre de l’histoire du XXème siècle.

Plus de vingt ans après, il importe que la lumière soit faite sans attendre sur la réalité de l’implication française dans le génocide des Tutsi.

Organisations signataires : collectif « Rwanda : 20 ans ça suffit ! », CIIP , CPCR (Collectif des parties civiles pour le Rwanda),

Contacts 0662172098 ou 0952738153

Michel Sitbon dirige les éditions de l’Esprit frappeur, Dagorno et les éditions du Lézard.

Il est le fondateur des journaux Maintenant, État d’urgence, Le Quotidien des Sans-Papiers et du site d’information Paris s’éveille.

Il est également l’auteur du livre « Rwanda. Un génocide sur la conscience » (1998).

Il est directeur de publication de « La Nuit rwandaise » et membre de l’association France Rwanda Génocide - Enquêtes, Justice, Réparation.

Michel Sitbon est également le porte parole du Collectif contre la Xénophobie et de Cannabis Sans Frontières - Mouvement pour les libertés.

 27/01/2015

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