Affaires Chebeya : les policiers en exil réclament la protection de leurs familles

14 juin 2021 | Christophe RIGAUD

Alors qu’un nouveau procès devrait prochainement rouvrir, les trois policiers impliqués dans le double assassinat se disent prêts à témoigner. Mais ils s’inquiètent de leur sécurité et de celle de leurs familles restées au Katanga.

Les policiers Hergil Ilunga, Alain Kayeye Longwa et Erik « Saddam » Kibumbe © DR

Onze ans après la mort des deux militants des droits de l’homme, la Haute cour militaire pourrait offrir à la justice une nouvelle chance de juger les exécutants et les commanditaires des meurtres de Chebeya et Bazana. Les deux procès ratés de 2011 et 2015 n’avaient pas pu entendre l’ensemble des protagonistes de l’affaire. L’ancien chef de la police, John Numbi, soupçonné d’être le réel donneur d’ordre, avait été relégué au rang de simple témoin. Mais depuis quelques mois, des arrestations et des témoignages en cascades sont venus rebattre les cartes et apporter un nouvel éclairage sur l’affaire. Des éléments nouveaux, qui ont permis à la justice militaire de rouvrir des enquêtes en vue d’un prochain procès.

Des témoignages relancent l’affaire

La première surprise vient de trois policiers, exécutants du double assassinat, qui prennent la fuite à l’étranger et apportent leurs témoignages circonstanciés. Ils détaillent leurs rôles dans les meurtres et confirment le lieu d’inhumation de Fidèle Bazana : la concession du général Djidjidja, à Mitendi. Le général est interpellé le 4 juin. Un autre membre du commando en fuite, Jacques Mugabo, est lui aussi arrêté. Il rejoint Christian Ngoy Kenga Kenga, le commandant du bataillon Simba, placé en détention à l’automne 2020. Reste le général John Numbi, que tous accusent d’être le véritable commanditaire de l’assassinat de Chebeya et Bazana. Depuis le printemps, le général Numbi est introuvable et serait en fuite à l’étranger.

« Là où nous nous trouvons, il y a des menaces »

Dans la perspective d’un nouveau procès, les trois policiers, Hergil Ilunga, Alain Kayeye Longwa et Erik Saddam Kibumbe, pourraient apporter leurs témoignages devant la justice, en visioconférence. En exil, les trois policiers se disent prêts à s’expliquer. Mais pour le moment, ils craignent pour leur sécurité et celle de leurs familles, toujours en RDC. Contacté par Afrikarabia, Hergil Ilunga demande l’implication de la communauté internationale pour sa protection. « Là où nous nous trouvons, il y a toujours des menaces. Nous ne sommes pas en sécurité. Il y a des beaucoup de Congolais ici, des organisations de maman Olive (la femme de Joseph Kabila, ndlr) ».

Des familles en danger au Katanga

Mais ce qui inquiète davantage les trois policiers, c’est la sécurité de leurs familles au Katanga. « Elles ont dû fuir le domicile, raconte Hergil Ilunga. Elles se cachent et passent des moments très difficiles. Nous sommes tous Katangais. Alain Kayeye Longwa est issu du même village que John Numbi. Plusieurs personnes impliquées dans l’affaire sont encore au Katanga. Il y a Bruno Soti, qui menace nos familles. Il y a aussi Ngoy Mulenga et Doudou Ilunga. Ils sont toujours libres au Katanga. Ils téléphonent à nos proches pour les menacer. J’ai même envoyé des enregistrements audios aux organisations des droits de l’homme ». Hergil demande que ses proches puissent quitter le Congo pour être en sécurité. « On ne peut plus assurer leur sécurité au pays après les révélations que nous avons faites ».

Pas de confiance dans la justice militaire

Pour Hergil Ilunga, il n’est, pour l’instant, pas possible de retourner au Congo. Pour des questions de sécurité, mais aussi de confiance dans la justice militaire. Il s’explique : « La mort de Chebeya est la suite des événements du Bas-Congo de 2007 et de la répression du mouvement Bundu dia Congo. Toutes les autorités militaires de cette époque, les majors, les colonels… sont aujourd’hui généraux ! Nous n’avons pas confiance dans la justice militaire et dans celui qui dirige l’auditorat général. On avait travaillé avec lui au Bas-Congo pendant les événements, lorsqu’il était inspecteur. La politique a peut-être changé, mais l’appareil sécuritaire et les personnes restent les mêmes ». Il demande que la justice internationale s’implique dans le dossier Chebeya-Bazana.

Encore des révélations ?

Hergil Ilunga et ses deux anciens collègues ont encore beaucoup de choses à dire sur l’affaire. « Si nous sommes entendus, nous avons encore des révélations à faire. Le jour où nous ferons ces révélations, ce sera très fort, ce sera chaud, prévient l’ancien policier. Nous avons déjà confirmé que le corps de Bazana avait été enterré dans la concession du général Djidjidja. Nous allons continuer à témoigner si nous avons la protection de la communauté internationale. Nous et nos familles ». Enfin, Hergil Ilunga dit regretter profondément son geste : « Je ne suis vraiment pas fier d’avoir accompli cette mission mal commandée et mal donnée. Le 1er juin 2010 est une triste journée pour moi. Personne ne peut se contenter de la mort d’une autre personne ».

Christophe Rigaud – Afrikarabia

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