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Bisesero 23-30 juin 1994: Enquête sur les victimes tuées durant Turquoise

Enquête sur les victimes tuées au Rwanda durant l’opération Turquoise

Cas de la région de Bisesero du 23 au 30 juin 1994

Une enquête de Vénuste Kayimahe et Jacques Morel nous rappelle que les militaires français de l’opération Turquoise ont laissé les Tutsi de Bisesero se faire massacrer sous leurs yeux.

Cette enquête réalisée sur le terrain en 2013 a déjà permis d’établir une liste nominative de 381 personnes tuées après le 23 juin 1994.

Une enquête faite en 2013 a relevé la liste nominative de 381 personnes tuées dans la région de Bisesero au Rwanda après le 23 juin 1994. À cette date les Français de l’opération Turquoise ont le contrôle de la région. Les tueurs leur ont fait une ovation à leur arrivée. Les Français ne démantèlent pas la machine à tuer.

Confortée par cette présence, la chasse aux Tutsi à Bisesero reprend de la vigueur, le nombre d’homicides passe de 18 le 24 juin à 64 le 26 juin pour culminer à 85 les 27 et 28 juin.

Pourtant les Français sont informés le 23 juin par la sœur Marie Julianne Farrington, supérieure des Sœurs de Sainte-Marie de Namur, qui les rencontre à Goma. Le 26 juin des journalistes dont Vincent Hugeux de l’Express leur disent que les massacres de Tutsi continuent à Bisesero.

Ils rencontrent eux-mêmes des Tutsi à Bisesero le 27 juin. Mais ils les abandonnent et ils laissent les massacres continuer tout en les observant à la jumelle. Ils laissent passer devant eux ceux qui vont prétenduement combattre le FPR alors qu’ils ont tout l’aspect de tueurs. Ils s’entretiennent avec les organisateurs des tueries.

51 personnes sont encore tuées le 29 juin, jour de la visite du ministre François Léotard.

Les massacres cessent le 30 juin au soir quand, sur l’intervention de journalistes et de militaires ayant enfreint les ordres, une opération de secours est enfin déclenchée.

Sont enregistrés le lieu du meurtre, le nom des assassins et, à des fins de vérification, les informateurs, les témoins et les parents des victimes. En dépit des imprécisions dues à la perte de la notion du temps chez les survivants, leurs témoignages sont cohérents avec les événements connus à partir d’autres sources.

Ce recueil des noms de personnes tuées durant cette période n’est pas exhaustif.

Vénuste Kayimahe & Jacques Morel

Plus d'informations sur le site de Jacques Morel
http://jacques.morel67.free.fr/BiseseroEnquete2013.html

Une mise en scène présentant les survivants traqués à Bisesero comme des combattants.
Transcription de journaux télévisés Opération Turquoise, 24 juin - 1er juillet 1994
Jacques Morel
25 octobre 2013, v1.1

Les informations diffusées par les journaux télévisés des chaînes françaises, TF1 et France 2 du 25 juin au 1er juillet 1994, témoignent de l’opération de manipulation de l’opinion publique entreprise par les militaires français pour camoufler leur alliance avec les autorités rwandaises, qui éliminaient les derniers survivants tutsi à Bisesero, dans le triangle Karongi - Gishyita - Gisovu. La télévision a été le vecteur privilégié pour cette intoxication par les militaires, beaucoup plus que la presse écrite.

Cette tromperie se manifeste en particulier le 27 juin au soir où, alors qu’un groupe de reconnaissance des forces spéciales a rencontré des survivants tutsi à Bisesero,1 ceux-ci sont présentés à la télévision française comme des combattants du FPR infiltrés, qui menacent de couper en deux la zone encore contrôlée par le Gouvernement intérimaire rwandais. La tromperie est sournoise, car elle est assortie au départ d’un conditionnel qui devient une certitude le 29 juin, jour de la visite du ministre de la Défense. La tromperie est double car, d’un côté, elle criminalise les victimes du génocide et, de l’autre, elle présente les auteurs du génocide, membres des Forces armées rwandaises, de la gendarmerie, des milices ou de la défense civile, comme des défenseurs de leur patrie contre l’envahisseur.

À la proximité des journalistes de télévision avec les militaires sur le terrain, s’ajoute la connivence des présentateurs et des directions des chaînes à Paris. Aucun rectificatif ne sera présenté par celles-ci pour les fausses informations diffusées. Au contraire, le lendemain du sauvetage, un présentateur qualifie les survivants du massacre de « guerriers tutsi ». Une seule équipe, celle de Philippe Boisserie de France 2, a su garder parfois un recul critique par rapport à la propagande militaire.

La France au coeur du génocide des Tutsi (couverture)

La France au cœur du génocide des Tutsi

Déchargement de La France au cœur du génocide des Tutsi (1565 pages, 67 Megs)
Documents cités dans le livre La France au cœur du génocide des Tutsi
Erratum de la version 1.0 du 2 avril 2010, 29 mars 2012

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