Hôtel Rwanda : L’imposture Rusesabagina

La rédaction - 27/10/2011
Image:Hôtel Rwanda : L'imposture Rusesabagina

Témoignage de l’ex coordinateur des réfugiés de l’hôtel des 1000 Collines
Par Tatien Ndolimana Miheto

Alors qu’une pétition est en circulation, demandant à la Fondation Lantos de revoir sa décision d’honorer Paul RUSESABAGINA, Tatien NDOLIMANA MIHETO, ex coordinateur des réfugiés de l’hôtel des Mille Collines contredit la version des faits du film « Hotel Rwanda » et de son héros, l’imposteur Paul RUSESABAGINA, qu’il qualifie d’idéologue du hutu power.

Un reportage de Télé Liberté - en cours de réalisation - reviendra d’ailleurs dans quelques jours sur cette controverse.

• Quand commence le génocide perpétré par « le régime Hutu Power » contre les Tutsi en 1994, un bon nombre de rescapés de Hotel Rwanda (hôtel des 1000 Collines de son vrai nom) s’y sont réfugiés dès le 07/04/1994 alors que Rusesabagina n’y est arrivé que le 16 Avril 1994.

Si l’hôtel n’a pas été attaqué avant que ce monsieur ne vienne y travailler, ce fût grâce à d’autres facteurs ;

• Dès le 07/04/1994, l’hôtel des milles collines au même titre que d’autres sites dont l’hôtel méridien, l’hôpital Fayçal, le stade Amahoro, fûrent déclarés par la MINUAR, sites protégés des nations unies au Rwanda ; pour le cas précis de l’hôtel des 1000 collines, une dizaine de militaires de la MINUAR commandés par le colonel Victor Moigny, y était affectés pour protéger les réfugiés qui s’y trouvaient.

Cette réalité des faits peut être confirmée entre autres par le général Dallaire et d’autres officiels de la MINUAR et/ou du conseil de sécurité des nations unies ;

• Rusesabagina n’a commencé à vivre avec les Réfugiés à l’hôtel que le 02 Mai 1994 ; en effet, entre le 16/04/1994 et le 2/05/1994, il travaillait à l’hôtel entre 07h00 et 17h00 (sans y séjourner pendant toute la journée parce qu’il passait plus de temps à l’extérieur de l’hôtel qu’à son supposé lieu de travail) et rentrait passer la nuit avec sa famille loin de l’hôtel. Il a amené sa famille à l’hôtel le 02/05/1994 juste pour lui faciliter l’évacuation (évacuation organisée par la MINUAR en accord avec les FAR et le FPR pour tous réfugiés de l’hôtel) alors programmé à partir du 03/05/1994.

Après l’échec de l’évacuation, Rusesabagina et sa famille sont restés à l’hôtel et y ont vécu avec les réfugiés jusqu’à l’évacuation effective qui fût organisé par convoi successives (du 27/05/1994 à fin juin 1994). Si les réfugiés ont survécu du 07/04/1994 au 02/05/1994 alors que Rusesabagina vivait hors de l’hôtel, ce fût grâce aux facteurs sérieux autres que son prétendu rôle ;

• Toute personne de bonne foi et qui connait assez comment le génocide contre les Tutsi s’est déroulé, sait très bien que même un officier supérieur de l’armée rwandaise agissant en son nom propre, ne pouvait s’opposer aux génocidaires déchainés sur des tutsi se trouvant dans des endroits publiquement connu tel l’hôtel des 1000 collines.

Un Rusesabagina, gérant d’hôtel agissant en son nom propre, n’avait aucune force ni de s’opposer, ni d’amadouer les génocidaires qui avaient le contrôle sur tout objet d’amadouement (cigares et boissons pour ne citer que les fameux outils que Rusesabagina déclare avoir utilisé).

A mon humble avis, les facteurs clés qui furent synergiques et concomitants dans la survie des réfugiés de l’hôtel des 1000 collines sont les suivants :

- Le rôle de l’ONU à travers la MINUAR ;

- Le rôle du FPR ;

- Les réfugiés de l’hôtel ont servi aux génocidaires et au gouvernement Mitterrand, de cheval de Troie (argument machiavélique) à la création de l’opération turquoise ;

- Rôle de la SABENA, société belge propriétaire de l’hôtel des 1000 Collines en 1994 ;

- Le rôle des réfugiés qui étaient à l’hôtel des 1000 collines bien avant que Rusesabagina ne vienne y travailler.


1. Le rôle de l’ONU à travers la MINUAR

L’ONU a joué un rôle clé, en effet comme expliqué plus haut, l’hôtel des 1000 collines et d’autres sites, était déclaré site protégé des nations unies depuis le 07/avril 1994.

A cet effet, depuis le 07/avril/1994, un drapeau onusien flottait à l’hôtel, des blindés onusiens et une dizaine de casques bleus de la MINUAR y étaient déployés jour et nuit (ils ont séjourné à l’hôtel du 07/04/1994 jusqu’à la fin du génocide).

2. Le rôle du FPR

Le FPR a joué un rôle capital pour la survie des réfugiés de l’hôtel des 1000 collines. En effet, déjà avant que Rusesabagina ne vienne travailler à l’hôtel, suite notamment aux cris de demande de secours lancés tous azimuts par les réfugiés de l’hôtel des mille collines bien avant que Rusesabagina ne vienne travailler à l’hôtel (j’ai sur moi quelques archives de l’époque), des négociations pour la survie des gens qui se trouvaient dans les sites protégés de la MINUAR dont ceux de l’hôtel des mille collines avaient commencé (le général Dallaire et d’autres officiers de la MINUAR, des officiers du FPR et des officiers des FAR peuvent le confirmer).

Je tiens personnellement cette information du colonel congolais Moigny Victor (il peut confirmer ce que je dis) qui commandait les casques bleus déployés à l’Hôtel. En effet, au tour du 20 avril 1994, alors que la RTLM scandait le massacre imminente des réfugiés de l’hôtel, ce moment fatal a déclenché une panique indescriptible et certains réfugiés ont quitté l’hôtel et ont cherché refuge ailleurs ; de mon côté, usant de mes relations de l’époque, j’ai négocié en secret l’évacuation de mon épouse, mon fils et moi-même.

Le colonel Moigny qui avait programmé mon évacuation par blindé onusien pour 05h00 du matin au tour du 20 avril (je ne me souviens pas de la date exacte), m’a signifié à l’heure convenue (5h00 du matin) que l’évacuation est annulée et qu’il estimait plus sûr de rester à l’hôtel que de risquer d’être tué en route.

A ce moment fatal d’une survie (évacuation) avortée, il m’a réconforté en m’informant que des négociations entre la MINUAR, les FAR et le FPR pour la survie de tous les réfugiés de l’hôtel, étaient en cours depuis quelques jours, précisant que certaines personnes (notamment les proches des génocidaires) veulent quitter le stade National Amahoro (alors sous contrôle du FPR) pour aller dans la zone gouvernementale (FAR) et que le FPR a proposé leur évacuation vers la zone de leur choix en échange de l’évacuation de tous les réfugiés de l’hôtel des 1000 collines vers la zone de leur (notre) choix.

3. Un prétexte pour Turquoise

Les réfugiés de l’hôtel ont servi aux génocidaires et au gouvernement Mitterrand, de cheval de Troie (argument machiavélique) à la création de l’opération turquoise. 

Après analyse des informations et des faits chronologiques du 07 avril à fin juin 1994, je conclue, déclare haut et fort et témoigne que déjà au tour du 25 Avril 1994, le génocide venait d’être consommé (en effet, au tour du 25 avril 1994, la presque totalité des tutsi tués pendant le génocide venaient d’être massacrés dans les maisons, sur les collines, dans les marais et rivières et surtout dans les églises, les écoles, les bureaux administratifs et autres camps de concentration à travers tout le pays).

La réalité des faits sur toutes les collines du Rwanda nous révèle qu’au tour du 25 mai 1994, l’extermination des Tutsi était en sa phase finale. A ce sujet, il suffit de vérifier les dates tristement mémorables de tous les sites mémoriaux du génocide à travers tout le Rwanda et de collecter les témoignages pour corroborer ce que j’affirme.

A cette date du 25 avril 1994, sûr que le projet de génocide venait d’aboutir à ses horribles résultats sur tout le territoire rwandais, le gouvernement Mitterrand et les génocidaires rwandais ont vite démarré la phase 2 de leur lutte en jouant le machiavel par toutes les pressions possibles au conseil de sécurité des nations unies pour faire voter une résolution onusienne de déploiement d’une force militaire d’interposition entre les belligérants (FPR et FAR).

Je précise qu’en date du 23 avril 1994 l’ambassadeur du Rwanda au conseil de sécurité a présenté une requête au conseil de sécurité lui proposant de voter une résolution d’envoyer une force militaire onusien (en remplacement de la MINUAR 1) devant s’interposer entre les belligérants rwandais pour ensuite arrêter le génocide et ainsi sauver des tutsi encore en vie.

Cette requête a été très vivement soutenue par la France.

L’argument machiavélique répété depuis le 23 avril 1994 jusque juin 1994, fût que cette force était destinée à sauver des tutsi regroupés dans des sites à travers tout le pays (ce qui était un cynique mensonge parce que ce n’était que des sites regorgés de cadavres).

Ces Tutsi mensongèrement déclarés encore en vie, étaient brandis aux yeux du conseil de sécurité comme justificatif d’une mission humanitaire. Parmi ces personnes à sauver venaient en tête ceux (eux encore en vie) se trouvant dans le site le plus médiatisé qu’était l’hôtel des 1000 collines et d’autres sites reconnus (Kabgayi, Nyarushishi, Bisesero).

Il est révélateur que la date du 23 avril 1994 (présentation par le gouvernement rwandais du projet mission militaire d’interposition entre les belligérants) correspond au premier simulacre d’attaque des réfugiés de l’hôtel qui sera suivi par d’autres simulacres dont celui du 03 mai 1994 qui consista à faire avorter l’évacuation des réfugiés, acte qui a été très médiatisé en occident et au conseil de sécurité.

Tous ces simulacres furent très médiatisés tous azimuts jusqu’au conseil de sécurité. La mise en scène machiavélique et génial dans le chef du gouvernement génocidaire est donc la suivante : Vous l’ONU, envoyer vite une mission militaire devant nous aider à stopper la population déchainée sur des Tutsi protégés dans des sites comme l’hôtel des mille collines et sachez que cette mission ne peut réussir à sauver ces tutsi que si les combats entre le FPR et les FAR sont arrêtés par une force militaire d’interposition.

En définitive, la mission militaire qu’accoucha le conseil de sécurité fin juin 1994 suite à la demande insistante du gouvernement génocidaire rwandais et du gouvernement Mitterrand, fût la très connue opération turquoise française, qui n’avait d’autre objectif que de voler au secours de l’armée du gouvernement génocidaire en défaite et stopper la victoire militaire du FPR.

Cet objectif premier de s’opposer à la victoire militaire du FPR a avorté et s’est converti en mission de protection des génocidaires et certes d’assistance aux déplacés de guerre au Congo mais aussi au Rwanda. Il sied de rappeler qu’il est précisé dans la résolution onusienne portant mission turquoise, que son rôle premier est de sauver des tutsi encore en vie, d’arrêter le génocide, etc...

Force est de noter que des militaires français se feront en effet photographier en juin 1994 à Nyarushishi avec des tutsi encore en vie et que cette action fût plus que médiatisé à l’époque.

Ainsi donc les génocidaires rwandais ont, d’un côté, délibérément massacré une dizaine de casques bleus belges au début du génocide, massacre suivi par la fuite de tout le contingent belge qui constituait le fer de lance de la MINUAR 1 et l’intimidation du conseil de sécurité qui a ensuite décidé le départ du Rwanda de presque toute cette MINUAR 1 (l’ONU n’a gardé au Rwanda que 250 observateurs militaires neutres sur un effectif total qui s’élevait à 3.000 casques bleus).

Le départ de la MINUAR a laissé les mains libres aux génocidaires qui ont réussi sans obstacle leur macabre projet de génocide. D’un autre côté, les génocidaires ont cherché à se faire aider par le conseil de sécurité pour neutraliser le FPR et ne pas perdre la guerre.

A cette fin (neutraliser le FPR par l’intervention onusienne et/ou française au Rwanda), ils ont ourdi un plan machiavélique d’obtention de l’intervention française au combat sous prétexte de secourir des tutsi alors soigneusement gardés en vie par les génocidaires dans des sites dont celui de l’hôtel des 1000 Collines (capitale Kigali), celui de Kabgayi (Gitarama) et celui de Nyarushishi (Cyangugu), Bisesero (Kibuye), de même ils ont menti au conseil de sécurité qu’une centaine d’autres sites regorgeant de déplacés tutsi étaient toujours à sauver à travers tout le Rwanda. Nous savons aujourd’hui qu’en réalité au tour du 25 avril 1994 cette prétendue centaine de sites regorgeait de cadavres ; ces sites sont aujourd’hui connus sous le nom de sites mémoriaux du génocide perpétré contre les Tutsi.

Je conclue et j’en suis plus que convaincu, que les simulacres d’attaque respectives du 23 Avril 1994, du 03 Mai, du 13 Mai (le lendemain de la visite des réfugiés par Ayalla Lasso et la veuille de la visite de Bernard Kouchner) et celui de juin (je n’étais plus à l’hôtel) ne furent que des mises en scène des génocidaires qui avaient pour objectif d’alerter le conseil de sécurité et l’inciter à vite décider de l’opération militaire devant intervenir au Rwanda. Aux yeux des gentils et autres personnes bien intentionnés mais mal avisées, il s’agissait là d’une opération militaire pour sauver des Tutsi mais en réalité (plan machiavélique franco rwandais) il s’agissait pas du tout d’une mission devant empêcher les massacres mais bel et bien une mission au secours des génocidaires pour les aider à neutraliser la victoire militaire du FPR.

4. Le rôle de la SABENA

Le rôle de la SABENA, société belge propriétaire de l’hôtel des 1000 Collines en 1994

La Société belge SABENA alors propriétaire de l’hôtel des 1000 Collines a aussi joué un rôle important.

En effet, elle a médiatisé le cas des réfugiés entassés dans son hôtel, a usé de ses relations pour la survie des réfugiés et la protection de son hôtel contre pillage et destruction.

5. Le rôle des réfugiés

Le rôle des réfugiés qui étaient à l’hôtel des 1000 collines bien avant que Rusesabagina ne vienne y travailler.

Enfin, les cris de demande de secours lancés et envoyés tous azimuts par téléphone et par fax à partir de l’hôtel déjà depuis le 07 avril 1994, notamment au conseil de sécurité, aux organismes de droits de l’homme, aux amis et connaissances à travers le monde, ont joué un certain rôle. A mon avis la décision de garder en vie les réfugiés de l’hôtel des 1000 collines était prise déjà au tour du 20 Avril 1994 suite aux 5 facteurs clés ci-avant décrits, auxquels Rusesabagina n’a nullement contribué.

Je suis d’avis que les missions respectives du politicien français Bernard Kouchner, de Monsieur José Ayalla Lasso alors haut commissaire des nations unies au droit de l’homme pendant le génocide, d’Iqbal Riza alors adjoint de Koffi Annan qui eurent lieu mi-mai et juin 1994, même s’elles n’ont pas de liens directs de cause à effet aux 5 facteurs ci-avant présentés comme salvateurs des réfugiés de l’hôtel des 1000 collines, sont des pistes d’analyse de l’autopsie du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.

A ce sujet, si nous avons survécu jusque mi mai avant la venue de ces personnalités et bien d’autres au Rwanda, particulièrement la visite d’espoir qu’ils ont respectivement rendu aux réfugiés de l’hôtel des 1000 collines au mois de mai 1994, ce fût grâce principalement aux cinq facteurs ci-avant décrits aux quels ces personnalités et bien d’autres, ont directement ou indirectement contribués.

Je précise qu’en ma qualité de coordinateur du comité de crise des réfugiés à l’hôtel, je fus l’interlocuteur et le porte parole de ces réfugiés auprès de Bernard Kouchner et José Ayalla Laso en présence du général Dallaire, du Colonel Moigny mais aussi du Colonel Bagosora, à cette occasion j’ai remis documents et soumis verbalement à ces hôtes, notre cri de demande d’évacuation de l’hôtel qui était en réalité un camp de concentration qu’autre chose.

Reproduction du témoignage donné publiquement en 2000 à l’occasion de la conférence internationale sur le génocide, organisé par IBUKA au Rwanda et en 2005 après la sortie du Film Hôtel Rwanda.

Date : 18 Octobre 2011

Tatien NDOLIMANA MIHETO

Tatien NDOLIMANA MIHETO est l’ex Coordinateur du comité de crise des réfugiés de l’hôtel des 1000 collines entre avril et mai 1994.

A lire :

• Paul Rusesabagina, un imposteur sans pareil (Pétition)

• Pétiton à signer (fondation Lantos)

Illustration : Mille Collines hotel, Kigali, Rwanda. Taken by SteveRwanda

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