Maîtres blancs et nègres esclaves

La rédaction - 23/08/2013
Image:Maîtres blancs et nègres esclaves

La Voix des Sans-Papiers - août 2013
Sans-papiers subsahariens : Le Sahara, puis l’enfer au Maghreb

Sommaire du Numéro 11 :

page 1, Éditorial : Maîtres blancs et nègres esclaves
page 2-3, Sans-papiers refoulés : La comédie de Tunis
page 4, On va continuer la bagarre pour les papiers ! inch’Allah
page 5, Sans-papiers subsahariens : Le Sahara, puis l’enfer au Maghreb
page 6, 9e Collectif : Assez d’abus de pouvoir !
page 6, Nice : « Le 28 »
page 7, Paris-Couronnes : L’État de non-droit et ses supporters
page 7-8, De l’esclavagisme contemporain

MAÎTRES BLANCS ET NÈGRES ESCLAVES

Lorsque la question leur est posée, la réponse est unanime qui jaillit des bouches des sans-papiers africains refoulés de ce sol d’Afrique où ils allaient débarquer avec enthousiasme, portés par la confiance de monter à la tribune du Forum social mondial, à Tunis, et y faire retentir leur revendication radicale de liberté et d’égalité (« liberté de circulation et d’installation pour tous, partout ») ainsi que leurs doléances de prolétaires sans droits, surexploités et criminalisés, repoussés aux marges de la société et des pays de l’Europe championne de feus « les droits de l’homme » :

« Des esclaves, voilà ce que nous sommes ! des esclaves et rien de plus. L’abolition de l’esclavage ? c’est le plus grand mensonge entretenu par le monde occidental. Nous, esclaves d’aujourd’hui, nous en sommes le démenti vivant, c’est pourquoi tout est fait, tout un système juridique, social, culturel de camouflage est mis en œuvre pour masquer la vérité de notre situation, l’esclavagisme organisé du corps social. Alors on nous muselle, on nous ôte jusqu’à la possibilité de faire entendre le cri de la souffrance de vive voix, sans intermédiaires. Ainsi les conditions sont créées de l’appropriation, occultation et réduction à néant de notre parole par des intérêts opposés à notre demande et quête de justice et de libération du joug de l’esclavage contemporain : l’organisation par l’État de la violence du travail esclave clandestin, imposé aux sans-papiers. »

Récrimination amère, mais passagère, de gens fatigués et déçus, revenus bredouilles d’un long et coûteux périple ?... (de Paris à Tunis via Lille, Bruxelles, Valence, Milan et Gênes)... ou bien radiographie de l’état de choses présent ?

Qu’on se souvienne du slogan qui retentissait au cœur des manifestations des sans-papiers parisiens : « Abolition de l’esclavage ! régularisation de tous les sans-papiers ! »

Ce cri on l’entend encore, scandé par des sans-papiers « écrasés par la loi » comme leurs frères d’antan, mais c’est aujourd’hui un cri noyé dans le silence ambiant de la « société civile » française. Se prolonge et se précise, se cristallise ainsi la conscience immédiate de leur condition sociale, exprimée par ces « travailleurs informels » clamant leur colère devant le sort qui leur est fait.

Aujourd’hui comme hier, cette conscience dit le lien indissoluble des deux termes juxtaposés : les sans-papiers sont les vrais esclaves de la modernité, c’est par leur régularisation que passe d’abord toute abolition réelle de l’esclavagisme des sociétés modernes.

À Tunis, à l’arrivée en terre africaine, ces Africains damnés de la terre se sont retrouvés en terre étrangère : en butte là aussi à l’inextricable lacis des interdits de la souveraineté européenne se structurant en système, en fourmilière esclavagiste qui ne dit pas son nom, livrés à l’hostilité sournoise des gouvernements (tunisien, italien, français...) et à l’indifférence de tout le monde.
À Tunis ils étaient attendus, leur avait-on laissé accroire.

Au forum mondial étaient présents plus de 120 pays, représentés par plus de 4 500 organisations altermondialistes et plus de 50 000 participants. Eh bien, tout ce beau monde venu des quatre coins de l’univers n’a pas été fichu de se mobiliser le peu qu’il fallait pour manifester et faire débarquer et repartir en sûreté 15 sans-papiers (annoncés depuis six mois) venus de France !

La capitulation de cette « société civile » auto-proclamée, qui dit défendre et représenter les damnés de la civilisation d’aujourd’hui, serait complète aux yeux mêmes des altermondialistes si ceux-ci pouvaient les lever vers autre chose que l’adoration de leur image dans les médias du monde.

Elle l’est en tout cas aux yeux de ces sans-papiers africains découvrant en même temps l’indifférence de ces « amis » pour leur participation au forum et l’offensive tous azimuts de l’esclavagisme contemporain – fait de civilisation enraciné dans le mental de ceux-là mêmes qui s’en proclament indignés et les disent banni de leurs têtes.

La Voix des Sans-Papiers n°11 - août 2013

A signer - Pétition

http://www.medialternative.fr/campagne/pour-le-deblocage-des-dossiers-des-sans-papiers/

Contre l’atteinte au droit de manifester !
Pour le déblocage des dossiers des sans-papiers !

Depuis plusieurs mois, la Préfecture de Police de Paris bloque arbitrairement et sans aucunes justifications tous les dossiers de demande de régularisation présentés par le 9ème collectif des sans-papiers, en mesure de rétorsion contre le fait que ce collectif appelle à manifester dans le quartier de la Bastille à proximité du domicile du ministre de l’Intérieur.

La Préfecture aura tenté même d’interdire complètement cette manifestation ce samedi 22 juin 2013, y compris sous forme d’un rassemblement statique place de la Bastille. Elle s’est alors vue enjointe par le Tribunal administratif de permettre au 9ème collectif d’exercer sa liberté de manifester, considérant qu’elle « a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de manifester ».
En bloquant par rétorsion les dossiers des sans-papiers qui manifestent, la Préfecture porte aussi atteinte, de façon sournoise, à l’exercice de cette liberté publique fondamentale.
Solidaires de la lutte des sans-papiers, nous demandons que soit mis un terme sans attendre à cet abus de pouvoir caractérisé.

9emecollectif.net

L’équipe Izuba
Vous voulez :
• Proposer un article ;
Demander des informations sur notre activité, notre collectif ;
Signaler un contenu problématique (articles ou sites référencés, textes publiés par les auteurs) (merci de bien nous préciser l’adresse (url) de la page concernée) ;
Participer à « la vie » du site (devenir administrateur d’une rubrique [dossier, info pays, ...] ;
• ... ou tout simplement nous poser une question ou nous signaler un dysfonctionnement,
utilisez le formulaire ci-dessus.
Vous recevrez une réponse rapidement.
Merci.
— L’équipe Izuba


Pour contacter les Éditions Izuba et proposer un manuscrit, c’est ici
 23/08/2013

 Vos commentaires

Articles référencés 

Coding Can Find Answers To Many Pressing Questions
13/10/2021
Les Afghanes et Afghans en danger doivent pouvoir obtenir une protection [ communiquéLettre ouverte / CFDA ]
12/10/2021
Réunion publique OEE - Le continuum de l'enfermement des étrangers
11/10/2021