« Danse macabre au Kivu »_ L’Agence d’information

RDC : Massacre de villageois et d’enfants par l’armée congolaise

« signature génétique » : déclaration raciste au Conseil de sécurité

Les informations contradictoires pleuvent sur le Kivu. A Kiwanja, le M23 était accusé de « préparer un massacre ». En fait de massacre, quelques jours plus tôt, le camp militaire de Rumangabo se voyait attaqué par les FARDC, dont les hélicoptères auront bombardé le village voisin, faisant des victimes dans la population civile.

Paru dans ce climat, un rapport de Human rights watch assaisonne à son tour le M23. Au Conseil de sécurité, le représentant de la RDC s’en prend à ces « groupes rebelles » qui auraient tous la même « signature génétique »...

Vérités et contre-vérités à Kiwanja — village contrôlé par le M23. L’Agence d’Information aura mené une enquête, et recoupé diverses sources d’information pour se faire une idée de ce qui s’est produit, en dépit de l’abondante propagande déversée à ce propos.

Non-condamnation par l’ONU d’un bombardement de population civile dû aux FARDC

Une trêve de facto s’est installée entre les belligérants, après la tragédie du 24 juillet, lorsque des hélicoptères des FARDC ont bombardé des populations civiles vivant dans un village à proximité du camp militaire de Rumangabo, principale base du M23.

Auront été décomptés là 15 morts et 28 blessés, mais l’ONU n’a pas hésité à reprendre les déclarations officielles des FARDC, qui ne nient même pas leur responsabilité dans ce crime de guerre, suivant lesquelles il n’y aurait eu “que” quelques blessés.

Que les enfants de Rumangabo soient blessés ou morts, ni le secrétaire général M. Ban Ki-Moon, ni le responsable des forces de « maintien de la paix », le français Hervé Ladsous, pas plus que le secrétaire d’état américain, M. John Kerry, n’auront cru utile de condamner ce qui semble avoir été bien plus qu’une « bavure » ou « erreur de tir », une attaque délibérée de civils — éventuellement par dépit, les hélicos des FARDC n’ayant pas réussi à attaquer le camp de Rumangabo par surprise.

Les villageois, « cible légitime » pour la correspondante du Figaro ?

Le comble aura été atteint par la correspondante du Figaro, auteur d’un tweet particulièrement scandaleux au sujet de ce bombardement qui a laissé plusieurs enfants morts :

Les observateurs se demandent

Les observateurs se demandent pourquoi cela n’avait pas été fait avant. C’est une cible légitime loin des zones peuplées. La marée tourne.

Melanie Gouby ‏@Melaniegouby 24 Juil
Observers had been wondering why this had not been done before. It’s a legit target, far from populated areas. Tide is turning.
Les observateurs se demandent pourquoi cela n’avait pas été fait avant. C’est une cible légitime loin des zones peuplées. La marée tourne.

Pourtant pas si loin du camp militaire, ce village où les FARDC ont ciblé les populations civiles… Et l’elliptique allusion à la marée qui tournerait, elle renvoie à l’idée que, contrairement à ce qui a largement été claironné ces derniers temps, le M23 domine toujours la situation sur le terrain. La représentante de la presse parisienne s’empressant un peu vite de voir dans cet effroyable bombardement le début d’une reprise de l’avantage par les FARDC-FDLR, avec lesquels elle sympathise ainsi ouvertement…

Le M23 accusé de s’en prendre à la population civile à Kiwanja

Une information chasse l’autre : samedi 27, un communiqué de la MONUSCO, diffusé par Radio Okapi, fait état d’« allégations crédibles de pillage d’une vingtaine de maisons par des éléments du M23 à Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru », une zone qui est sous contrôle des insurgés. Selon l’émetteur des Casques Bleus, les faits se seraient déroulés le 24 juillet... soit en même temps que les bombardements de Rumangabo.

Une “Société Civile” pas très civile

Pour appuyer son “information”, la radio onusienne donnait le micro à Omar Kavota, porte-parole d’une association portant le nom de « Société civile du Nord-Kivu » et systématiquement présentée par les médias comme « la société civile du Nord-Kivu ». Cet organisme subventionné par l’ONU est en fait une émanation du gouverneur de la province, M. Julien Paluku Kayonga, homme politique nande très proche du président Kabila. Selon M. Kavota — également réputé pour être lié à l’antenne des services de renseignements de Kinshasa à Goma, la fameuse cellule T2 —, en organisant les actes de violence, « le M23 veut détruire l’action de la MONUSCO et dire qu’elle est impuissante d’empêcher ce massacre. Nous craignons que les détracteurs de la MONUSCO en profitent pour salir son nom à travers cette planification du M23 ».

Subtil syllogisme qui voudrait que le M23 commette des exactions à seule fin de montrer l’impuissance de l’Onu — comme pour l’inciter à le combattre… Une stratégie aussi sournoise — et abracadabrante — demandant, bien sûr, « planification »… A noter l’emploi ici du mot “massacre”, alors qu’aucune victime n’a jamais été évoquée, ni par les médias, ni par les réseaux sociaux, ni par les divers porte-parole des Casques Bleus, mais qui renvoie à une précédente accusation en miroir, visant le CNDP, en 2008 — on avait en effet, à l’époque, parlé de « massacre de Kiwanja ». M. Kavota connait ses classiques.

Toujours le 27, une dépêche venant de la rédaction de l’Agence France Presse à Kinshasa cite le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire du M23, selon lequel les responsables de son mouvement auraient « arrêté une cinquantaine de jeunes de l’ethnie Nande qui avaient brûlé les boutiques de la communauté rwandophone ».

Enquête de l’AI pour tenter d’établir ce qui s’est passé à Kiwanja

Pour essayer d’en savoir plus au milieu de ce champs d’accusations en miroir, notre source à Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, a pu se rendre avec quelques difficultés à Kiwanja. Suite à 24 heures d’enquête, nous aurons ainsi pu établir un récit des événements :

Après avoir fait circuler des informations concernant une prétendue prise de Kiwanja par les FARDC – qui sera démentie par les faits –, des membres de la sécurité de Kinshasa auraient infiltré dans la cité quelques combattants Maï-Maï (nationalistes connus pour leurs sentiments violemment anti-Tutsi et alliés du gouvernement central). Ces Maï-Maï infiltrés auraient entraîné des jeunes marginaux dans une action de destruction des biens de la communauté rwandophone. La police du M23 est alors intervenue et quelques dizaines de personnes ont été mises aux arrêts.

Après les investigations, toutes ont été relâchées sauf les meneurs, qui sont en attente de jugement par le tribunal local. Toujours selon notre correspondant, les chefs des différentes communautés de Kiwanja sont intervenus à Radio Rutshuru pour condamner ces exactions, et bon nombre de ces jeunes qu’y avaient participé ont regretté publiquement leurs actes. Depuis 48 heures, la situation est ainsi redevenue normale, ainsi que c’est confirmé par diverses sources, y compris l’officine onusienne Radio Okapi, qui rapportait lundi que l’activité économique reprenait normalement.

Human rights watch monte au front

En dépit de la violence des combats des 14-17 juillet, l’offensive des FARDC contre les positions du M23 n’est pas parvenue à bouger la ligne de front. Mais après la bataille, le mouvement politico-militaire dirigé part Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga se voit l’objet d’une campagne médiatique d’une grande virulence.

Le 23 juillet, un rapport de Human Rights Watch a accusé le M23 d’avoir « commis des violations des lois de la guerre sur une grande échelle ». Or, à la lecture du texte, ces allégations d’une extrême gravité s’avèrent largement dépourvues d’éléments probants.

On se souvient à cette occasion de comment, en décembre dernier, une journaliste du quotidien parisien Libération avait assisté à l’arrivée de membres de HRW dans un hôpital de Goma, où ils proposaient de rémunérer tous témoignages contre le M23. Une accusation que HRW n’a pas pu réfuter.

Au sujet de Human rights watch, signalons l’ouvrage de Richard Johnson, The travesty of Human rights watch, en cours de traduction en français (à paraître aux éditions Izuba). Cet ouvrage dénonce le travail de cette association qui depuis vingt ans aura servi la cause génocidaire avec une constance confondante.

Propagande génocidaire au Conseil de sécurité

Ainsi, les déclarations de M. Kavota – porte-parole d’une association qui abuse du nom de Société civile, comme Human rights watch prétendant défendre les droits de l’homme –, s’inscrivent bien dans un contexte plus large, où la stratégie de ceux qui voudraient mettre le feu au Kivu passe par la diffusion d’informations dramatiques concernant le M23 – dans l’espoir de réveiller la croisade anti-tutsi.

Le plus grave, dans cette série d’événements, se sera finalement produit à New York, au Conseil de sécurité, où l’on aura vu successivement le responsable de la diplomatie US, John Kerry, répercuter les accusations contre le M23 et le ministre des affaires étrangères de la RDC, M. Raymond Tshibanda, incriminer la « signature génétique » qui serait commune à « toutes » les rébellions dans son pays.

Les profanations de cadavres imputées aux FARDC peu de temps auparavant, les bombardements du territoire rwandais, également imputées aux mêmes FARDC, et finalement le massacre de civils exécuté par des hélicoptères de l’armée gouvernementale, rien de tout ça, ni même la déclaration explicitement raciste du représentant de Kinshasa en plein Conseil de sécurité, rien de tout ça n’aura suscité la moindre réaction des puissances qui conduisent la politique offensive de la communauté internationale – en soutien plus qu’implicite à l’entreprise criminelle, et raciste, engagée par Kabila dans l’est du Congo.

Source : L’Agence d’Information

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Mis en ligne par La rédaction
 30/07/2013

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