Des unités de l’armée congolaises impliquées dans le massacre de Beni

RDC : « que l’armée française range enfin les machettes... » - L’Agence d’information

Kabila démissionne Mundos qu’il avait placé à la tête des opérations contre l’ADF

Dans un discours devant la population le président Joseph Kabila a promis la défaite prochaine de la rébellion ougandaise, ADF, désignée par le gouvernement comme responsable des crimes visant des civils ayant eu lieu dans le territoire de Beni, crimes exécutés à l’arme blanche et avec une barbarie rarement atteinte.

Cependant la version des autorités n’est pas considérée crédible à Beni, ni dans les milieux diplomatiques à Kinshasa ou auprès de nombreux analystes de la crise congolaise : tous excluent la piste de l’ADF. Et ces accusations fantaisistes, bien que mises en doute par nombre d’observateurs, sont admises par la Monusco : son patron, Martin Kobler, s’empressant même d’engager la brigade offensive dans des opérations contre les ADF.

Une nouvelle illustration de l’approche globale, cette doctrine militaire française, « où les subterfuges de communications – parmi lesquels on relève la mobilisation d’ONG, de médias ou de la ’société civile’…–, sont érigés au premier plan » est-elle en train de se mettre en place en RDC, dirigée depuis le DPKO d’Hervé Ladsous, pour détourner une nouvelle fois « l’ONU de son mandat officiel – y compris réaffirmé en Conseil de sécurité et proclamé par le Secrétaire général, M. Ban Ki Moon –, d’en finir avec les FDLR » ?

Échafaudée par le pouvoir, la thèse de la responsabilité des rebelles ougandais de l’Alliance des forces démocratiques (ADF) dans les massacres du Grand Nord est démentie par un grand nombre de témoins, observateurs et analystes.

Il s’agirait plus probablement d’une diversion, instrumentalisée par Kabila pour détourner l’attention du débat sur la réforme constitutionnelle, et permettant d’écarter les controverses sur la traque sans cesse reportée contre les FDLR. La mise à l’écart du général Mundos, considéré comme un des maîtres d’œuvre du massacre, avait été demandée par la population qui la voit maintenant cette sanction comme une confirmation de l’implication de l’armée dans les atrocités.

Des analystes soulignent le fait que la version officielle se fonde essentiellement sur des déclarations de l’association dénommée Société Civile du Nord Kivu, représentée en l’occurrence par son président, M. Thomas d’Aquin Mwiti, ainsi que le rapporte Radio Okapi. Or, il se trouve que cette association s’est signalée tout au long du conflit par ses communiqués fantaisistes servant à nourrir la propagande contre le M23 ou le Rwanda. Sa fonction essentielle consistait alors à dénoncer l’inaction de la Monusco, provoquant et justifiant l’intervention de celle-ci. Réputée comme une émanation de la police politique gouvernementale, les déclarations de cette Société Civile du Nord-Kivu, émises par son président – ou son porte-parole, Me Omar Kavota –, sont le plus souvent reprises au titre de la forme générique « société civile », sans même de guillemets, leur attribuant une légitimité très au-delà de ce qu’elles représentent.

Pareillement, aujourd’hui, les accusations fantaisistes portées contre les ADF-Nalu, bien que mises en doute par nombre d’observateurs, sont admises par la Monusco, son patron, Martin Kobler, s’empressant d’“accueillir favorablement” la demande congolaise, afin d’engager “vigoureusement” la brigade offensive dans des opérations contre les ADF. Nos informations rapportent qu’il s’agit pour le moment, sur le terrain, surtout de troupes tanzaniennes, une des trois composantes de la brigade offensive réputée la plus proche des FDLR dont le président tanzanien M. Kikwete, est un soutien déclaré.

On comprend qu’il peut sembler difficile à ces troupes de la Monusco d’accomplir leur mandat et leur engagement de poursuivre les FDLR, finalement reconnus comme principale “force négative” au Kivu, après la disparition du M23, dont on peut rappeler qu’il était poursuivi largement à tort puisque les exactions, et en particulier la systématisation des viols aggravés de mutilations qui motivaient l’intervention offensive de l’Onu, étaient bien plutôt attribuables à ces FDLR et à leurs amis des FARDC.

Aujourd’hui, bis repetita, des crimes attribuables aux FARDC – et à leurs amis des FDLR ? –, servent de prétexte à une remobilisation du dispositif offensif de l’ONU, cette fois contre l’ADF, le détournant de son mandat officiel – y compris réaffirmé en Conseil de sécurité et proclamé par le Secrétaire général, M. Ban Ki Moon –, d’en finir avec les FDLR.

Faut-il penser que Martin Kobler tombe dans le panneau d’une provocation cousue de fil blanc ?

Ce serait éventuellement sous-estimer sa perspicacité, mais surtout celle de ses collaborateurs immédiat à la tête de cette brigade offensive, qui prennent la responsabilité des opérations sur le terrain. On pense ici en particulier au général Jean Baillaud, concepteur d’une “approche globale” où les subterfuges de communications – parmi lesquels on relève la mobilisation d’ONG, de médias ou de la “société civile”…–, sont érigés au premier rang de cette nouvelle doctrine militaire française façonnée pour les besoins des Forces de maintien de la paix de l’Onu.

Répétons ici que cet important département onusien est dirigé par un autre français, M. Hervé Ladsous, un diplomate déjà actif en 1994 – responsable à l’époque d’instructions demandant que les membres du gouvernement génocidaire rwandais ne soient pas appréhendés par les troupes françaises à leur arrivée dans la zone Turquoise... Dans ses fonctions de chef du DPKO, M. Ladsous ne fait que suivre M. Jean-Marie Guéhénno, concepteur en 2008 de la théorie de “maintien robuste” de la paix, dont il faut rappeler qu’il était voulu par Jacques Chirac dès 1995, préfigurant cette politique avec la “force d’intervention rapide” intervenue alors en Bosnie, mettant un terme à des années de simagrées onusiennes qu’il avait lui-même portées à leur comble en donnant le feu vert du massacre de Srebrenica.

C’est le même Chirac, réputé grabataire, qui prenait la tête d’une pétition internationale, fin 2012, pour appeler à la création de la brigade offensive de l’Onu en RDC. Une politique qui aura bénéficié en son temps du soutien de Valérie Trierwieler, représentant alors l’Elysée, et que le général Baillaud théorise depuis plusieurs années, au moins depuis 2010. C’est ainsi sa propre théorie que ce dernier est chargé de mettre en musique officiellement en tant qu’adjoint du général Santos Cruz, brésilien et francophile.

« ... comme si tout l’état-major français n’avait rien de plus pressé que d’aller voir au Congo pour admirer de près cette expérience de laboratoire menée avec maestria par le général Baillaud à l’abri de la curiosité universelle. »

On découvrait récemment dans Billets d’Afrique – la lettre d’information de l’association Survie –, que le général Baillaud bénéficie du renfort d’un autre officier français, le général Boubée de Gramont, en tant que chef d’état major de la Monusco. Ne fermant pas le banc, on relève aussi le nom d’un général Champion parmi d’autres qui se succèdent, comme si tout l’état-major français n’avait rien de plus pressé que d’aller voir au Congo pour admirer de près cette expérience de laboratoire menée avec maestria par le général Baillaud à l’abri de la curiosité universelle.

Les techniques de guerre révolutionnaire déployées là illustrent encore une fois le cynisme absolu de la doctrine française – poussé à un degré tel qu’on peine à les concevoir, aujourd’hui en RDC comme il y a vingt ans au Rwanda.

Dans un monde un peu plus équitable, après la mise à pied de Mundos par Kabila, devrait suivre celle de Baillaud par François Hollande. Et que l’armée française range enfin les machettes... On en est loin.

L’Agence d’information

Des unités de l’armée congolaises impliquées dans le massacre de Beni

Un véritable coup de théâtre a marqué la visite du chef de l’État à Beni, dans le Grand Nord du Nord Kivu. Joseph Kabila a sanctionné, sans en donner les raisons, le chef des opérations militaires contre l’ADF alors que la série noire des massacres qui depuis le début du mois d’octobre endeuillent la région ne s’est pas arrêtée suite à l’arrivée du locataire du Palais de la Nation. Au contraire, le 31 octobre, au moins 20 personnes ont été tuées à la machette dans la localité de Chambi ya Chui pendant le deuxième jour de sa visite en portant à plus de 100 le nombre des victimes.

Dans un discours devant la population de cet important centre commercial d’un demi-million d’habitants de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le président a promis la défaite prochaine de la rébellion ougandaise. L’ADF-Nalu – opposition armée au pouvoir de l’homme fort de Kampala, Yoweri Kaguta Museveni, active depuis presque vingt ans dans le territoire de Beni –, est désignée par le gouvernement comme responsable des crimes visant des civils, crimes exécutés à l’arme blanche et avec une barbarie rarement atteinte.

Mais la version des autorités n’est pas considérée crédible à Beni, ni dans les milieux diplomatiques à Kinshasa ou auprès de nombreux observateurs et analystes de la crise congolaise. Tous excluent la piste de l’ADF, dont le mode opératoire ne correspond pas à ce genre de forfaits et qui ne s’en est jamais prise aux populations. Ces dernières sont par ailleurs d’ethnie nande, tout comme une grande partie des effectifs de cette milice en voie de ’’congolisation’’ après tant d’années passées en RDC.

En clôture de son intervention, Joseph Kabila a surpris l’assistance en annonçant un remaniement du haut commandement de l’opération Sokola, instituée en janvier pour combattre et démanteler l’ADF.

Son patron, le très controversé général Akili Muhindo, dit Mundos, anciennement membre de la Garde républicaine et réputé proche du chef de l’Etat, bénéficie d’une renommée pas forcément flatteuse d’exécuteur de basses œuvres du régime. De nombreux sites congolais, avec pas mal d’indices à l’appui, l’avaient pointé du doigt comme probable commanditaire de l’assassinat du célèbre colonel Mamadou Mustafa Ndala, le « héros national » de la guerre contre le M23 et premier patron de Sokola, tombé dans une embuscade près de Beni, le 2 janvier 2014.

Il y a six jours, l’ancien ministre rdcongolais des Affaires étrangères originaire du Grand Nord, Antipas Mbusa Nyamwisi, intervenant sur RFI avait accusé Mundos d’être l’instigateur des actes criminels : « Des ADF massacrent à plusieurs reprises et plus de 80 citoyens dans un périmètre de 50 km2 où il y a des milliers de soldats congolais et bien entendu de la Monusco (la force onusienne en RDC), sans que personne ne soit en mesure de capturer un seul de ces assaillants. Au-delà de l’incompétence, c’est plutôt de la complicité. » Dans cette interview, Nyamwisi avait ironisé sur la double casquette de Mundos, patron de Sokola et chef d’état-major de l’ADF…

Or, la décision du chef de l’État de démettre le général Mundos va dans le sens des requêtes des habitants de Beni qui, convaincus de l’implication de l’armée régulière (FARDC) dans les atrocités, réclamaient le changement de la chaîne du de commandement de Sokola. Mais elle alimente aussi les soupçons sur la participation à ces crimes des dites forces de sécurité de la Nation...

Dans sa livraison du 22 octobre, le site Congo indépendant dresse un état des lieux pitoyable des FARDC à Beni : « Les officiers généraux déployés dans la région se livrent régulièrement à des querelles intestines liées à la pratique du commerce des ressources naturelles dans la région, lequel commerce est financé par les fonds qui devraient servir au paiement de la solde des militaires. » Une situation aggravée par le choix du pouvoir de localiser ailleurs les soldats du 42e bataillon des Unités de réaction rapide, autrefois aux ordres du colonel Mamadou, ce qui a fait éclater en plusieurs tendances et unités rivales les éléments de l’armée affectés dans le territoire de Beni.

Selon une source humanitaire occidentale avec une expérience prolongée sur le terrain au Grand Nord, ces carnages qui ont frappé tour à tour, et à partir du 4 octobre, Makoko, Linzo Sisene, May-Moya, Kisibi, Maibo, Oicha, Ngadi, Eringeti et Chambi ya Chui « sont le fait de règlements de comptes entre différentes factions au sein de l’armée ».

Dans un article de son blog intitulé « La terreur revient à Beni », le 21 octobre, la journaliste belge Colette Braekmann cite les affirmations d’un habitant de Beni, selon lequel « il n’est pas certain que ces atrocités soient réellement l’œuvre des ADF. Il y a beaucoup de divisions au sein des forces gouvernementales elles-mêmes et nous assistons à d’étranges jeux politiques »

Sur Congo Siasa, Jason Stearns, qui pourtant accrédite la thèse officielle, évoque l’avis de certains leaders locaux qui imputent les massacres à des officiers des FARDC mécontents des derniers remaniements au sein de l’armée. D’après l’une de nos sources à Beni, consultée avant le discours de Kabila et qui a préféré garder l’anonymat, « les populations locales ne croient pas à l’hypothèse de l’ADF, considérée comme une diversion, et accusent les FARDC. Et tout semble prouver que le crime profite au général Mundos. Celui-ci espérant profiter de la manne financière venant de Kinshasa pour reprendre les opérations contre l’Adf et redorer son blason terni par les soupçons pesant sur son rôle dans l’assassinat de Mamadou. »

On peut aussi ajouter que, dans cette période de ralentissement annoncé du processus électoral et de polémiques entourant les intentions de Kabila de rester aux commandes après 2016, l’hypothèse d’une diversion voulue par Kinshasa est tout à fait plausible.

L’ADF y jouerait le rôle de bouc émissaire, à l’instar du M23 entre 2012 et 2013, lorsque le chef de l’État recourrait la rhétorique nationaliste contre la rébellion de l’Est pour faire oublier son élection truffée de manœuvres frauduleuses. La diabolisation de l’ADF n’est pas pour déplaire non plus à certains milieux de la Monusco, notamment parmi les nombreux généraux français installés dans ses rangs, ravis de trouver un ennemi de substitution aux FDLR pour la prochaine traque onusienne des groupes armés. Car les rebelles hutu rwandais, dont certains chefs ont participé au génocide de 1994 au Rwanda, demeurent les troupes supplétives de Kinshasa et les protégés de la France.

Quant aux forces onusiennes en RDC, il n’est pas inutile de rappeler qu’elles avaient toujours affiché la ville de Beni comme exemple de zone hautement sécurisée… Lorsque le contraire se manifeste, s’agit-il, encore une fois, d’incompétence ou de mauvaise foi ? On constate au passage que les militaires tanzaniens de la fameuse Brigade offensive de l’ONU sont depuis belle lurette déployés sur l’axe Beni-Eringeti, là où tous les crimes ont été commis lors de cet octobre noir.

D’autres interrogations se posent aussi du côté de Kinshasa. Est-ce une coïncidence si, suite à l’envoi à Beni fin décembre d’un groupe de tireurs d’élite commandé par Mundos – et à en soutien, disait-on à l’époque, de l’effort de guerre de Mamadou contre l’ADF –, ce même Mamadou a été éliminé dans un guet-apens ? Et que son successeur à la tête de Sokola, le général Lucien Bahumba Ambamba – un autre « héros » de la guerre contre le M23 –, ait disparu fin août dans des circonstances douteuses pour être remplacé, deux semaines plus tard, par le sulfureux Mundos ?

Si ce dernier a pu recevoir l’instruction de « réactiver » l’ADF pour l’ériger au rang d’ennemi intérieur sur lequel focaliser une opinion publique autrement polarisée sur la bataille politique autour de l’éventuel troisième mandat du président Kabila, il est aussi possible, comme il arrive souvent, qu’une fois utilisé, le fusible ait été jeté.

Et tant pis pour les dégâts collatéraux d’une telle « opération de communication » – une centaine de victimes, parmi lesquelles un bon pourcentage de femmes et enfants, tuées dans des conditions horribles, à coups de haches et de machettes.

— L. Elongui, L’Agence d’information
http://www.lagencedinformation.com/074-des-unites-de-l-armee-congolaises.html

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Mis en ligne par La rédaction
 3/11/2014

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