Reconstituer

 Au sujet de la reconstitution de faits qui ont conduit à la mort de Babacar Gueye, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Rennes, sous balles de la police. Un récit de notre déplacement au (...)

 Article original.

Mis en ligne par Cases Rebelles
 30/11/2020

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 Au sujet de la reconstitution de faits qui ont conduit à la mort de Babacar Gueye, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015 à Rennes, sous balles de la police. Un récit de notre déplacement au (...)

Cases Rebelles - Noir-e-s et en colère

"Nous sommes sœurs et frères d’Afrique et des Antilles.

Né-e-s en Occident, y ayant grandi ; nous parlons d’ici.

Incarnation ici d’un ailleurs dérangeant et accusateur.

Nous, afro-descendant-e-s, nous définissons comme Noir-e-s ;

Noir-e-s et pas un des mots issus de la stigmatisation ou de l’euphémisation.

Nous considérons que les peuples noirs d’Afrique et des diasporas ont tout intérêt à se reconnecter autour de luttes communes et à mettre en relation les nombreux foyers de colères et de résistance qui existent.

Nous ne croyons pas en un passé antécolonial idéal originel où auraient existé des sociétés africaines égalitaires et harmonieuses.

Nous refusons la lecture prioritairement ethnique des problèmes en Afrique. Les identités complexes coexistant sur le continent africain ont été niées par les découpages nationaux arbitraires. Les Ethnies – réelles ou fantasmées, les appartenances religieuses, les découpages territoriaux et autres composantes identitaires ont été et sont encore utilisées et instrumentalisées de manière récurrente pour servir les desseins des dominants : colonialistes, militaires, organisations religieuses, autocrates, multinationales.

Il n’existe pas de croyance noire, pure et originelle ni même de religion qui serait faite pour les noir-e-s. Il existe des noir-e-s de toutes les religions et des noir-e-s athé-e-s.

Nous respectons les croyantes et les croyants mais nous méprisons les religions quand elles servent la soumission ; nous les méprisons aussi quand elles opèrent la recolonisation des territoires et des imaginaires.

Il n’existe pas de religion noire et c’est tant mieux.

L’ Histoire et la conscience des peuples noirs ne commencent pas avec l’abolition de l’esclavage ou les Indépendances. Il est pour nous nécessaire et vital d’explorer et partager les Histoires de l’Afrique et de ses diasporas, de leurs productions sociales, politiques, culturelles, techniques. Nos recherches et apprentissages permanents doivent s’affranchir du conditionnement occidental.

Nous refusons que la question de la participation de noirs à la Traite continue de nous diviser. Des noir-e-s ont participés à cette entreprise ignoble pour le profit d’autres personnes. L’Afrique en a souffert. Tout comme les êtres humains réduits en esclavage en ont souffert.

Toute critique venant d’Afrique reprochant leur manque « d’africanité » aux descendant-e-s d’esclaves est une honte. Toute critique venant des descendant-e-s d’esclaves vantant leurs propres développements et moquant l’état actuel de l’Afrique est aussi une honte.

La Traite des noirs, leur mise en esclavage et la colonisation ont été des formes brutales et sans déguisement du capitalisme contre lequel nous combattons et dont nous refusons tout aménagement.

Nous enrageons des obstacles opposés au premier peuple noir qu s’est liibéré de l’esclavage et a conquis son indépendance le peuple haitien.

Les attaques et recours multiples pour entraver cette libération furent exemplaires, annonçant l’acharnement et les manipulations des puissances coloniales pour garder le contrôle sur les populations asservies et les territoires exploités.

Nous pleurons encore nos héros et héroïnes sacrifié-e-s, et nos larmes sont d’une rage qui se fera payer.

Nous ne reconnaissons qu’une seule dette : celle des puissances coloniales et néocoloniales à l’Afrique et à ses diasporas. Nous considérons qu’il est juste d’exiger des réparations économiques.

Le FMI, la Banque mondiale et leurs politiques ne sont que des chaînes injustifiées et inacceptables. Nous devons nous battre pour l’indépendance économique et politique des états issus de la décolonisation.

La tutelle coloniale n’a fait que muter en passe-droits occidentaux achetés aux dictateurs africains : surexploitation des sols, des sous-sols, des mains d’œuvres ; pollution et dévastation de l’environnement ; alimentation et instrumentalisation des conflits ; inexistence de droits pour les travailleur-euse-s ; dévalorisation voire anéantissement de l’agriculture vivrière ; asservissement des populations par le tourisme…

Le soi disant « sous-développement » résulte de l’organisation des échanges économiques mondiaux à l’avantage de l’Occident et au détriment des populations du « reste du monde ». Les rapports inégalitaires, dits Nord-Sud perdurent, et continuent d’organiser l’appauvrissement du Sud. Coopération et aides humanitaires en sont également les outils.

Nous contestons l’objectif occidental hégémonique de « développement ». Il n’y a pas retard : il y a asphyxie. Le « développement » n’abolit pas les rapports de domination, intrinsèques à l’économie capitaliste, il les entretient.

Nous pleurons nos sœurs et frères d’Afrique sacrifiés aux spéculations de l’industrie pharmaceutique et au business humanitaire.

Nous considérons ne devoir que du mépris à nos élites corrompues, qui ont vendu leurs sourires, les luttes de libération et les sous-sols au capitalisme brutal.

Nous sommes solidaires de tous les peuples qui subissent ces mêmes schémas d’exploitation.

Nous aimons nos musiques et nos danses, de lutte, de joie, d’amour… Mais si nous dansons ce n’est pas pour être applaudis mais pour exulter.

Nous méprisons l’iconographie des héros noirs quand elle masque la nécessité de se battre.

Barack Hussein Obama n’est pas notre Elu. Il n’est ni le premier ni le dernier, nous en sommes sûrs, d’une longue liste d’Oncles Tom ou de Hattie McDaniel, satisfait-e-s de leur place et satisfaisant-e-s pour leur maître-sse-s .

Nous nous moquons de nos intellectuel-l-e-s présentables et de leur prix littéraires, des sportifs noirs mutiques et performants sur les stades, de leurs apolitismes traîtres et criminels.

Nous ne voulons pas participer d’un label blanc de « mixité sociale ».

Nous refusons d’être pourvoyeur-euse-s d’exotisme et nous déclarons la guerre au tourisme occidental.

Nous prônons une unité antisexiste débarrassée des comportements sexistes et homophobes d’où qu’ils aient été hérités. Notre lutte ne vaudra que si elle est menée par les femmes et les hommes.

Nous méprisons les frères qui méprisent les sœurs au nom de pseudo valeurs noires, africaines ou antillaises. Ce sexisme racialisé n’est qu’une excuse lamentable.

Nous méprisons les discours homophobes.

Nous méprisons les discours définissant l’homosexualité comme « la maladie apportée par le blanc ».

Nous estimons qu’il est nécessaire de se réapproprier honnêtement les histoires des sexualités noires.

Nous ne prônons pas de modèle identitaire univoque ; nous nous positionnons contre la domination raciale et ses multiples formes ; nous nous adressons ici aux individus, aux groupes d’individus, aux peuples noirs.

Nous croyons aux alliances avec les peuples et les individus qui sont clairement débarrassés de la négrophobie.

Nous croyons aux alliances avec les victimes de l’exploitation capitaliste de toute la planète, s’ils sont informés des histoires qui ont conditionné et conditionnent les rapports inter-raciaux.

Nous soutenons et encourageons toute résistance, toute révolte contre l’hégémonie économique culturelle politique blanche et occidentale.

Nous ne prônons pas la guerre raciale mais une guerre sociale."

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