Tchad : Déby - la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire

La rédaction - 28/12/2013
Image:Tchad : Déby - la réhabilitation impossible d'un dictateur notoire

Dossier d’information
Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

Le dossier d’information « Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire » s’attache à décrire à la fois les caractéristiques de la dictature tchadienne, et la relation entre les Etats français et tchadien.

Il est réalisé par le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique qui se mobilise depuis 2009 à Paris dans le sens d’un soutien aux démocrates africains et d’une réforme profonde de la politique française en Afrique.

Il constitue un espace de réflexion collective de plaidoyer et d’échanges entre partis politiques et associations, de France et d’Afrique.

Aussi, le dossier d’information « Tchad 2013 : la réhabilitation impossible d’un dictateur notoire » s’attache à décrire à la fois les caractéristiques de la dictature tchadienne, et la relation entre les Etats français et tchadien.

Depuis l’arrivée d’Idriss Déby au pouvoir, le Tchad a connu de nombreuses rébellions. De nombreux massacres ont été commis par l’armée tchadienne et en particulier par la Garde républicaine. De nombreux faits datant d’avant la Cour Pénale Internationale attendent toujours vérité et justice, d’autant plus que le démarrage du procès Habré accentue l’enjeu spécifique tchadien dans la construction d’une justice internationale en Afrique.

Idriss Déby est accusé d’ingérence et de déstabilisation dans les pays voisins, en particulier en Libye, au Soudan et en Centrafrique. L’islam tchadien s’est radicalisé pendant son règne. Le régime semble incapable de se réformer et d’évoluer vers l’Etat de droit. La répression des opposants et des journalistes continue, et le régime tchadien s’est fait remarqué en raison des « disparitions forcées ». Depuis 2003, l’argent du pétrole a aggravé la corruption et les tensions. La démocratie n’a pas réussi à se mettre en place.

Idriss Déby a été mis en place en 1990 par l’armée française, installée au Tchad depuis 1986 et le début de l’opération Epervier. Le soutien français n’a jamais cessé, et est allée, en 2013, suite à la guerre au Mali, jusqu’à une tentative diplomatique de réhabilitation. Plus globalement en Afrique, la politique française, très influencée en 2013 par l’armée française, vise à construire « la paix et la sécurité » sans aucune considération pour la nature des régimes. L’alliance avec le pire dictateur des anciennes colonies françaises, le tchadien, entraine une relance de la Françafrique autour du réseau de dictateurs « amis de la France ».

Au regard de ce bilan, la politique française en Afrique et au Tchad nécessite une réforme rapide : un arrêt du soutien diplomatique et militaire aux dictateurs, et en priorité à Idriss Déby, un soutien actif aux démocrates africains, un retrait adapté des troupes françaises du Tchad, des garanties concernant la lutte contre la corruption des fonctionnaires français au Tchad, la vérité et la transparence sur l’ensemble des crimes observés par des fonctionnaires français au Tchad entre 1982 et 2013.


Sommaire du dossier

Introduction
1. 23 ans de règne, 23 ans de guerres civiles
Historique des rébellions et guerres civiles de 1990 à 2013
2. Massacres, crimes de guerre, crimes contre l’humanité
A. 1990-2013 : Massacres sous la présidence d’Idriss Déby
B. 1990-2013 : Massacres sous présidence d’Hissène Habré avec implication d’Idriss Déby
3. Le président stable dans une région instable ?
3.1 Soudan : 2004-2009
3.2 Libye : 2011
3.3 Nigéria : 2009-2013
3.4 Centrafrique : 2012-2013
4. Islam au Tchad : équilibrisme ou double jeu ?
5. Incompatibilité avec l’Etat de droit
6. Répression des opposants et de la presse : le poids du passé
7. Une caricature de pétro-monarchie
8. La « démocratie apaisée » qui n’a jamais trompée personne
9. Le soutien français à Idriss Déby ne s’est jamais tari
10. Que fait l’armée française au Tchad ?
11. En 2013, la tentative de réhabilitation passe par Paris
12. Paix et sécurité en Afrique sans démocratie et Etat de droit ?
13. Conclusion : Idriss Déby au centre de la Françafrique version Hollande
14. Bibliographie
Rapports
Livres
Sites internet
Sources spécifiques à la liste de massacres présumés
15. Communiqué du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique du 28 octobre 2013
16. Présentation du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

Introduction

Idriss Déby a été applaudi à Bamako aux côtés de Hollande le 19 septembre 2013. Il se présente désormais comme un rempart et un acteur incontournable face au terrorisme islamique ou comme sous-traitant potentiel d’opérations militaires ou de maintien de la paix. Ainsi, le dictateur tchadien sort très renforcé de la guerre au Mali. Il a obtenu le 18 octobre pour le Tchad un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour l’exécutif français, la lutte contre le ‘djihadisme’ au Sahel est passée par l’alliance de l’armée française avec les troupes d’un chef d’Etat qui est pourtant l’un des pires dictateurs d’Afrique.

L’actualité de 2013 marquée par l’influence française dans le sahel semble masquer la réalité tragique du régime tchadien. La ‘réhabilitation’ d’un dictateur à ce point reconnu nécessite une occultation des différents aspects de l’histoire et de la politique du Tchad : les guerres civiles, les massacres et crimes de l’armée tchadienne, le sous-développement, le détournement de la rente pétrolière, les élections fraudées, la répression des démocrates, de la presse, et de la société civile.

Ce début d’ ‘amnistie’ française pour les crimes du président tchadien profite à l’ensemble des dictateurs dont les crimes sont de moindre ampleur ou concomitants. La réhabilitation des dirigeants africains qui en découle est l’un des signes les plus évidents de l’abandon de la « rupture avec la Françafrique » qui ne pouvait passer que par un éloignement souligné entre Paris et les dictateurs, et un renforcement rapide du soutien aux forces démocratiques.

En lieu et place de cette politique tant attendue, a été mis en œuvre une politique française axée sur la « Paix et la sécurité » sans considération pour la nature des régimes. La politique française semble en retrait par rapport à une « approche globale » prônée par le Service européen pour l’action extérieure, qui n’aurait pas abandonné, théoriquement, la démocratisation pour privilégier une politique de sécurité. L’influence de l’armée française sur le Tchad comme sur la politique française est ainsi mise en évidence, et l’absence de vérité et de justice sur la coopération militaire au Tchad rappelle que l’armée française n’a pas encore été réformée pour sortir de sa fonction structurante de la Françafrique.

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Présentation du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique

Le Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique se réunit chaque mois depuis 2009 à Paris. Il inscrit son travail dans le sens d’un soutien aux démocrates africains et dans le sens d’une réforme profonde de la politique française. Il a participé à de nombreux évènements et manifestations, et a poursuivi depuis 2009 un travail sur les élections, les processus électoraux et les fraudes. Il constitue un espace de réflexion collective grâce à ses réunions régulières, et un espace de plaidoyer et d’échanges entre partis politiques et associations, de France et d’Afrique.

Réunion chaque 2e jeudi du mois, à 19h, en général à la Bourse du travail de Paris, 3 rue du Château d’eau, M° Château d’eau (salle Commission 1).

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 28/12/2013

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